Le village postal étend ses liens à travers le monde
Nous vivons dans un village planétaire, pour reprendre les mots de McLuhan. La communication va de plus en plus loin. Les affaires du monde entier deviennent les nôtres; c’est un peu comme si nous vivions tout à côté des moines tibétains ou des habitants assiégés de Bagdad déchirée par la guerre. Les communications modernes sont étendues et complexes, traversant les frontières de l’espace et du temps.
La poste est la mère des communications mondiales, dans leur acception moderne. Jusqu’à tout récemment, elle restait l’outil principal de communication entre les peuples du monde. À quel moment tout cela a-t-il commencé? Devrions-nous parler de 1874, avec la fondation par 22 pays à Berne, en Suisse, de l’Union générale des postes, devenue plus tard l’Union postale universelle, plaque tournante des échanges postaux internationaux? Nous pourrions peut-être reculer encore plus loin dans le temps, jusqu’à la fin du 15e siècle, lorsque, dans la foulée des expéditions portugaises en Afrique et du premier voyage de Christophe Colomb vers Hispaniola, tous les grands continents du monde sont entrés en contact les uns avec les autres, par accident, par volonté et sans retour.
Le Canada est issu des intersections et des migrations intercontinentales et l’a été depuis que Samuel de Champlain a mis pour la première mis le pied à Kebek, le long du Saint-Laurent, le 3 juillet 1608. Tout comme l’Europe a poussé Champlain vers l’Amérique du Nord, les Autochtones et leurs fourrures ont attiré les Français toujours plus profondément dans le pays, le long de la rivière des Outaouais et par-delà la rivière des Français et les lacs Nippising et Simcoe vers la baie Georgienne et le reste des Grands Lacs. La Vérendrye a étendu le royaume jusqu’au lac Winnipeg et ses hommes ont atteint les contreforts des Rocheuses en 1742. Une civilisation hybride, moitié autochtone, moitié blanche, a émergé au cours du siècle suivant. Les chasseurs métis ont suivi le bison selon une trajectoire qui les a emmenés de l’est vers l’ouest et du nord vers le sud, croisant et recroisant le 49e parallèle à volonté.
Sur la côte Ouest, l’économie britannique fondée sur les fourrures et les voyageurs s’est étendue tout au long de la vallée du Columbia. Les colons américains ont pénétré dans la brèche laissée dans le Nord-Ouest espagnol, au nord du Mexique. Le Pacifique, et notamment la Chine, commençait à imprimer sa trace sur les jeunes postes de traite de l’île de Vancouver à compter de la fin du 18e siècle. Plus tard, les ruées ver l’or de la Californie, de la Colombie-Britannique et de l’Australie lançaient les prospecteurs, les aventuriers et le courrier à travers le Pacifique, dans les deux directions.
Les colonies canadiennes ont émergé comme les enfants de mouvements mondiaux maintenant disparates, séparés et dispersés et, à partir de 1867, unis mais toujours fermement engagés dans le monde, et plus particulièrement vis-à-vis de leur puissant voisin du sud.
À chacune des étapes de notre histoire, la poste a joué un rôle de toute première importance. S’il n’y avait pas de système postal sous le Régime français, le courrier n’en traversait pas moins l’Atlantique. Les lettres allaient et venaient à travers le continent, à bord des canots des voyageurs depuis les postes de traite de la Cordillère nord-américaine et tout le long du fleuve Saskatchewan, depuis Fort Garry sur la Rouge pour aboutir à la baie d’Hudson. L’Atlantique, loin d’être un obstacle au courrier, est un véritable boulevard constellé de grands ports (Québec, St. John’s, Halifax, Louisbourg) desservis par des navires transportant des passagers, des biens et du courrier d’Europe en Amérique du Nord et des marchandises, des produits de base et le courrier de retour en direction opposée. Des ports et des routes secondaires de poste, de communication et de commerce ont fait leur apparition; de Charlottetown vers la Nouvelle-Écosse dans l’est (vers 1800), de St. John vers Québec et de là jusqu’aux Grands Lacs, de Winnipeg à Pembina et de là vers Minneapolis, de Fort McLeod vers Ft. Benton (Montana) dans l’ouest.
La poste a contribué à créer les éléments coloniaux constitutifs du Canada. Elle a contribué au développement d’une économie nationale intégrée, qui achetait des biens par catalogue et faisait livrer son journal dans ses boîtes aux lettres le long des chemins de concession. La poste a soutenu le moral des troupes servant dans les tranchées de deux guerres mondiales. Elle a rapporté à la maison la triste nouvelle des hommes tombés au combat. La poste apportait aussi les bonnes nouvelles, les salutations en provenance des paquebots de luxe, d’une maison de campagne dans les Laurentides ou le long de la baie Georgienne; et peut-être même une carte de la Saint-Valentin ou une carte postale d’un admirateur.
Les lettres étaient une bonne école pour le romancier souhaitant développer une intrigue ou échanger des techniques avec d’autres auteurs. La poste apportait les factures, payait les biens et apportait le chandail de hockey ou le colis alimentaire à sa destination finale. Elles atteignent des pays comme l’Ukraine, poursuivent une conversation avec une famille de Canadiens-français exilés au sud de la frontière et transmettent des renseignements cruciaux pour les entreprises comme pour les syndicats.
Le courrier n’est pas synonyme des services postaux, qui en assurent la livraison. Il contient aussi des messages : toutes les choses que nous avons dites ou voulions dire, tous les petits détails cachés entre les lignes, derrière l’image de la carte postale, ou derrière les flèches de Cupidon sur la carte de Saint-Valentin. Il y a un peu de nous, personnellement, culturellement et socialement, dans chaque lettre. Si nous pouvions placer côte à côte chacune de nos cartes et de nos lettres, comme des dominos, la chaîne ferait certainement le tour du monde; ce monde qui rétrécit, ce village planétaire, où les messages voyagent parfois plus vite que la compréhension mais où rien n’est perdu si nous parvenons simplement à garder le contact.
Dr. John Willis
Historien, Musée canadien de la poste, Musée canadien des civilisations
The five figurines each representing a continent (North America, Europe, South America , Australia and Asia dance around the globe). Replica of original sculpture in Berne Switzlarnd commemorating the 25 th Annivesary of the Universal Postal Union. CPM 1974.1317.1 Photo by Claire Dufour









