Lottie Betts : détentrice du record mondial de dactylographie En 1910, Lottie établit le record mondial de précision en dactylographie à l'Annual Business Show du Madison Square Garden, à New York, commandité par l'Underwood Typewriter Company. Un journal de New York avertit les futures concurrentes que Miss Betts allait « n'en faire qu'une bouchée ».
Dans un autre type de concours, on transcrivait à partir d'un Dictaphone. Ces machines sont apparues en 1911. Ne perdant pas de temps, Lottie remporta cette même année un gros trophée en forme de bouclier offert par Edison, la compagnie d'enregistrement sonore de New York, pour avoir transcrit 63 mots à la minute à partir d'un Dictaphone.
Lottie doit avoir joui de sa célébrité, mais en 1913, elle avait d'autres choses importantes en tête. Le 9 avril 1913, elle épousa A. D. Tushingham, un inspecteur de la Compagnie de Téléphone Bell. Comme tant de jeunes femmes de son temps, Lottie échangea le travail de bureau pour les tâches domestiques, et éleva trois enfants. Cette situation était courante. En fait, de nombreuses entreprises exigeaient que leurs employées prennent leur retraite après leur mariage.
Mais Lottie avait la compétition dans le sang, et quand ses enfants eurent atteint l'âge scolaire après 1921, elle retourna à sa machine à écrire. Après avoir remporté plusieurs prix mineurs, Lottie gagna finalement le gros lot en 1923 : une première place au championnat canadien annuel tenu au Massey Hall de Toronto. C'était une compétition très passionnante où plus de 3000 fans se réunissaient pour applaudir les dactylos. Le test était particulièrement difficile, mais Lottie l'emporta facilement avec 99 mots à la minute. Elle se mérita une magnifique coupe en argent où son nom était inscrit, qu'elle put conserver chez elle pendant un an, après quoi le trophée passa à la gagnante de l'année suivante. En lieu et place, Lottie reçut une coupe plus petite, qui dut lui paraître bien médiocre!
Lottie continua à gagner des médailles jusqu'en 1928, où elle décida de quitter la compétition et ses tensions. Elle n'abandonna cependant pas la machine à écrire, montrant à son fils à taper ses mémoires pour l'université et à prononcer des petits laïus dans des écoles secondaires et des écoles de commerce. Son fils se souvient qu'elle pouvait donner une conférence tout en tapant à la machine 100 mots à la minute!
Lottie Betts Tushingham se lança dans la dactylographie à une époque où régnait l'optimisme, où l'on croyait que pour les jeunes femmes s'ouvraient toutes sortes de perspectives, particulièrement dans le monde du travail. La demande croissante d'employés de bureau relativement bien payés semblait promettre une meilleure vie. Malheureusement, cet optimisme fut de courte durée. Avec le temps, le travail de bureau fut divisé en tâches plus petites et de moindre importance procurant moins de satisfaction, offrant un salaire moindre et peu de possibilités d'avancement. Dans les années 1950, le travail de bureau en vint à être presque complètement dominé par les femmes et à figurer parmi les emplois les moins rémunérés.
En tout, Lottie gagna 18 concours nationaux et internationaux de dactylographie en 19 ans. Ses 18 médailles figurent toutes dans la collection du Musée canadien des civilisations. Elles témoignent de sa carrière remarquable. Les médailles remportées par Lottie Betts Tushingham nous permettent de célébrer l'excitation de la compétition, l'ouverture de nouveaux emplois spécialisés aux femmes et la formidable fierté que procure la maîtrise de cette machine « dernier cri », la machine à écrire.
Remerciements Nous remercions particulièrement M. A. D. Tushingham pour le don des médailles, trophées et photos de Lottie Betts Tushingham, et pour les renseignements qu'il a fournis sur sa carrière.

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