L’arrivée de Jacques Cartier à Stadaconé (detail), 1890-1912, Walter Baker, Bibliothèque et Archives Canada, C-011510

Les explorateurs

Samuel de Champlain 1604-1616

Né vers 1570, à Brouage, en Saintonge, Samuel de Champlain s’intéresse « dès le jeune âge, écrit-il en 1613, à l’art de la navigation et [à] l’amour de l’océan ». Il n’a pas 20 ans quand un premier voyage l’entraîne vers l’Espagne et, de là, vers les Antilles et l’Amérique du Sud. Il voit Porto Rico, le Mexique, la Colombie, les Bermudes et Panama. Entre 1603 et 1635, il effectuera 12 séjours en Amérique du Nord. Inlassablement, il explorera – ou soutiendra d’autres explorateurs – dans la recherche d’une route qui, traversant l’Amérique, s’ouvrirait sur le Pacifique et sur les richesses de l’Orient.

Itinéraires

Champlain 1604-1607
Champlain 1609-1616

Sur les traces de Jacques Cartier

Vers 1602, Henri IV accorde à Samuel de Champlain le titre de géographe royal. Fort d’un monopole de commerce des fourrures, Aymar de Chaste a établi un poste de traite à Tadoussac. Il invite Champlain à se joindre à son expédition. La mission qui lui est confiée est claire : explorer la Nouvelle-France, en étudier les voies fluviales pour, ensuite, désigner le site où serait aménagé un important comptoir de traite.

C’est ainsi qu’après avoir quitté Honfleur, le 15 mars 1603, Champlain s’apprête à refaire le périple accompli par Jacques Cartier en 1535. Il explore une partie du Saguenay et pressent l’existence de la baie d’Hudson. Il remonte ensuite le fleuve Saint-Laurent jusqu’à Hochelaga (Montréal). Il ne reste aucune trace de la population et du village amérindien visité par Cartier et le sault Saint-Louis (rapides de Lachine) semble encore infranchissable. Grâce à ses guides, Champlain apprend que, au-delà des rapides, trois grands lacs (Érié, Huron et Ontario) doivent être explorés.

L’Acadie et la côte atlantique

Aymar de Chaste étant décédé en France, en 1603, Pierre Du Gua de Monts devient lieutenant général de l’Acadie. En échange d’un monopole de traite d’une durée de 10 ans, ce dernier s’engage à établir 60 colons par année dans cette partie de la Nouvelle-France. De 1604 à 1607, la recherche d’un site permanent pour établir ces gens est encore à l’ordre du jour. L’éphémère Port-Royal naîtra de cette préoccupation.

Pendant que les colons labourent, construisent, chassent et pêchent, Champlain exécute sa mission, qui consiste à observer les côtes et à rechercher des havres sûrs.

Ce séjour de trois ans en Acadie lui permet de consacrer du temps à l’exploration, à l’observation et à la cartographie. Il parcourt près de 1 500 kilomètres le long de la côte atlantique : du Maine jusqu’au sud de Cape Cod.

De Québec au lac Champlain

En 1608, Samuel de Champlain veut retourner dans la vallée du Saint-Laurent, plus précisément à Stadaconé, qu’il appelle Québec. Selon lui, aucun autre endroit n’est plus propice à la traite des fourrures et à la recherche du fameux passage vers la Chine. C’est au cours de ce troisième voyage que l’existence du lac Saint-Jean lui est révélée et qu’il fonde Québec, le 3 juillet 1608. Sans attendre, il y fait construire son « Habitation ».

Champlain explore également la rivière des Iroquois (Richelieu) qui le conduit, le 14 juillet 1609, jusqu’à un lac qui portera son nom. Comme les traiteurs avant lui, il prend le parti des Hurons, Algonquins et Montagnais contre les Iroquois. Intervenant ainsi dans des questions de politique intérieure, il cautionne la tournure belliqueuse des relations qui vont opposer pendant longtemps Iroquois et Français.

De l’Outaouais au lac Huron

En 1611, Samuel de Champlain revient vers l’archipel d’Hochelaga. Il repère un havre idéal et, devant celui-ci, il crée la Place Royale autour de laquelle la ville sera créée après 1642.

Fait plus significatif encore, il réussit à dépasser les rapides de Lachine, devenant, si l’on excepte la performance d’Étienne Brûlé, le premier Européen à entreprendre l’exploration du fleuve et de ses affluents vers l’intérieur du continent. Champlain est à ce point persuadé que cette route le conduira vers l’Orient qu’il reçoit, en 1612, la mission de « chercher chemin facile pour aller au païs de la Chine. » Comme la plupart des explorateurs qui viendront après lui, il ne pourra réaliser sa mission qu’avec « l’assistance » des Amérindiens.

L’année suivante, empruntant la rivière des Outaouais, Champlain se rend jusqu’à l’île aux Allumettes. Il ouvre ainsi la route qui, après l’avoir conduit au coeur de l’actuel Ontario, lui permettra d’atteindre le lac Huron, le 1er août 1615.

Cette exploration est la dernière à laquelle Samuel de Champlain participe. Au cours des années suivantes, il se consacre à la création d’une colonie française dans la vallée du Saint-Laurent, un projet qu’il appuie sur le peuplement de Québec.

En 1629, après la chute de Québec provoquée par les frères Kirke, Champlain rentre en France. Il y plaide inlassablement en faveur de la Nouvelle-France, où il est revenu le 22 mai 1633. Il est décédé à Québec, le 25 décembre 1635. Cent cinquante Français vivaient alors dans la colonie.