PARTIE DEUX - SITES ARCHÉOLOGIQUES CONTENANT DES ARTEFACTS BIEN PRÉSERVÉS OU AYANT UNE FONCTION COSMOLOGIQUE
Sites sacrés associés à l’eau
Deux sites, situés dans les deux cas dans l’est de l’Ontario, peuvent être présentés à titre d’exemples à peu près comparables aux sites des tourbières du nord-ouest de l’Europe parce qu’ils comportent des offrandes votives et sont liés à des lieux aquatiques sacrés. Or, la cosmologie des sociétés de l’Ancien et du Nouveau monde était différente : les sites aquatiques du Nouveau monde ne comportent pas de terrain organique (mais plutôt des falaises) et il n’y a pas non plus de référence au culte et au sacrifice dont on fait état dans l’exposition Le mystérieux peuple des tourbières.
Situé sur un rocher qui surplombe la rivière des Outaouais et considéré comme un des sites de peintures rupestres « parmi les plus intéressants découverts à ce jour au Québec » (Tassé et Dewdney, 1977), Migizi Kiishkaabikaan est un site pictographique anishanabe, appelé aussi Rocher de l’Oiseau ou « Oiseau Rock » (Figure 14). Les Algonquins aujourd’hui le décrivent comme un lieu puissant d’une grande beauté où l’énergie de la terre est exposée et où les pictogrammes représentent leur ancienne compréhension traditionnelle du paysage spirituel et physique. Lorsque le chevalier de Troyes a remonté la rivière des Outaouais en 1686, il a relaté que ses guides avaient posé des offrandes de tabac dans des crevasses à Migizi Kiishkaabikaan et qu’ils avaient lancé des flèches 150 m au-dessus du rocher dans la rivière profonde se trouvant en bas. On trouve huit séries de peintures rupestres au Rocher de l’Oiseau, distribuées sur 157 m de falaise exposée, située 3 à 9 m au-dessus de la rivière. Il est maintenant difficile de les voir (Figure 15) en partie parce que le granite du lit rocheux est rosâtre, parce que les images semblent partiellement recouvertes et masquées par l’écoulement du pigment d’ocre rouge et parce qu’elles sont recouvertes de graffiti moderne (Figure 16). Un mythologue et historien a récemment expliqué que les peintures seraient une « vision cosmogonique » illustrant l’origine de l’univers. Comme on ne voit pas de symboles de fertilité dans les peintures ou d’autres indications du début d’une économie horticole ou agricole, on suggère qu’elles remonteraient à au moins 3 000 ans et que le message véhiculé remonterait à encore plus loin dans le temps (Desjardin et Gosselin, 1999).
 Figure 14 : Migizi Kiishkaabikaan, ou Rocher de l’Oiseau, site de pictogrammes et lieu de pouvoir. Photo : Jean-Luc Pilon, Musée canadien des civilisations
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Figure 15 : Il est maintenant difficile de voir les pictogrammes. Photo : Jean-Luc Pilon, Musée canadien des civilisations
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Figure 16 : Des graffitis modernes recouvrent et masquent aujourd’hui partiellement les pictogrammes. Photo : Jean-Luc Pilon, Musée canadien des civilisations
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Les documents historiques et les récits des peuples iroquoiens et anishinabes des forêts de l’est du Canada font état d’un esprit appelé Missipeshieu ou Mishebeshu - comme un serpent, un dragon ou une panthère - qui contrôlait les cours d’eau et vivait dans l’eau profonde au pied des falaises rocheuses (Wright, 1999, 683). Grand-père longue queue ou « Grandfather Long-tail », comme on l’appelle parfois, est représenté dans de nombreux sites de pictogrammes partout dans les régions des forêts de l’est du Canada. « Grand-père longue queue » ou un être semblable a peut-être un lien avec le site de Red Horse Portage dans le parc provincial du lac Charleston, près de Kingston, en Ontario, où les vestiges de 46 récipients en poterie - certains presque entiers - ont été découverts sur deux bordures de récif immergées 9 m et 18 m sous la surface (Wright, 1980). L’âge de ces récipients représente une étendue d’environ 2 000 ans, entre la Pointe Péninsule inférieure et les Iroquois du Saint-Laurent au XVIe siècle. Ils ont clairement été déposés intentionnellement. « Bien qu’il soit impossible de le prouver, une explication possible de cette découverte inhabituelle… est qu’elle représente un site sacré qui aurait été visité sur une longue période continue par des personnes cherchant à obtenir les faveurs d’un Grand-père longue queue. Les récipients en poterie représentent des offrandes de supplication… Le fait qu’on n’ait pas trouvé de sites similaires est sans aucun doute dû à leur emplacement hors de la portée des régions de prospection archéologique » (Wright, 1999, 683) [traduction libre].