Le Dorset récent dans l’Extrême-Arctique de l’Est
Quelle est la probabilité qu’un contact plus étendu que ne l’indiquent les preuves actuellement disponibles ait eu lieu entre les peuples nordiques et dorsétiens? Si l’on accepte l’argument de Park (1993) relatif à la disparition de l’occupation dorsétienne au Xe siècle apr. J.-C., il n’y aurait eu aucune possibilité de contact entre les Dorsétiens et les Nordiques groenlandais. Cependant, un nombre croissant de dates obtenues par le radiocarbone et associées aux sites du Dorset récent dans l’Extrême-Arctique (figure 7 a) suggère la continuation de l’occupation dorsétienne pendant la période médiévale. Si l’on accepte même une seule de ces dates comme étant correcte, cela constitue une preuve d’une occasion temporelle importante de contact avec les Nordiques groenlandais. Il est également intéressant de comparer cet intervalle de dates avec les dates de la culture thuléenne dans la même région (figure 7 b). Ces distributions montrent essentiellement le même chevauchement d’intervalles de dates et suggèrent que les deux populations ont eu à peu près le même degré d’occasion de rencontrer les premiers occupants européens du Groenland.
 Figure 7a : Dates obtenues par datation au radiocarbone sur des sites du Dorset récent de l’Extrême-Arctique : écart type 1, intervalles de dates calibrées.
Source : Patricia Sutherland, Musée canadien des civilisations |
 Figure 7b : Dates obtenues par datation au radiocarbone sur des sites thuléens et dorsétiens récents de l’Extrême-Arctique : écart type 1, intervalles de dates calibrées.
Source : Patricia Sutherland, Musée canadien des civilisations |
Dans le but d’évaluer l’étendue de nos connaissances sur la culture dorsétienne récente dans l’Extrême-Arctique, nous nous sommes penchés sur les résultats d’une recherche de 800 km effectuée, il y a plusieurs années, le long de la côte sud de l’île Devon (Sutherland, 1991). À partir d’une extrapolation du nombre de sites et de maisons découverts lors de cette fouille, on peut estimer qu’il pourrait y avoir quelque 2 000 maisons d’occupation dorsétienne récente dans l’Extrême-Arctique canadien. Moins de 20 de ces maisons ont pour l’instant fait l’objet d’une fouille, ce qui signifie que notre échantillon mis au jour est probablement inférieur à 1 % du total des maisons occupées durant les siècles où les peuples dorsétiens et nordiques auraient pu avoir des contacts. D’après un échantillon de cette taille, le fait que nous ayons récupéré du matériel nordique de trois structures de l’Extrême-Arctique suggère que le contact aurait pu être plus fréquent que ce que l’on soupçonnait auparavant.
