Entreprise commerciale
Bien entendu, tout ceci coûte de lÂ’argent, et la seule façon pour les musées dÂ’arriver à leurs fins sera dÂ’envisager dans une perspective plus commerciale les services et les produits quÂ’ils offrent. LÂ’esprit dÂ’entreprise nÂ’est pas quelque chose qui jaillit facilement dans des établissements qui se considèrent comme sans but lucratif, motivés simplement par le bien public. Quoique de plus en plus dÂ’établissements aient commencé avec réticence, au cours des dernières années, à imposer des droits dÂ’entrée, ces droits ne couvrent généralement quÂ’un faible pourcentage des coûts dÂ’exploitation dÂ’un établissement. Par ailleurs, il est rare que les programmes de publications conventionnels rapportent un profit.
En revanche, pour préserver le niveau de service quÂ’ils offrent et même leurs grands principes de lÂ’accès du public à lÂ’information sur le patrimoine, dans la conjoncture actuelle caractérisée par la réduction des niveaux de financement public, les musées doivent apprendre à évoluer en fonction des temps.
Sachant cela, que peuvent faire les musées pour gagner lÂ’argent nécessaire pour payer le coût de la diffusion électronique? Personne ne dispose pour lÂ’instant dÂ’une réponse assurée à cette question, mais les musées doivent certainement être prêts à expérimenter, à se mouiller, à sÂ’informer des marchés qui existent et de ce quÂ’ils désirent. JÂ’ai déjà parlé de nos produits sur disque compact. À ce stade, je tiens à revenir sur les façons dont un site Web peut être utilisé pour produire des recettes.
Pour les musées, un site Web est un moyen de promotion auprès de visiteurs éventuels car il permet dÂ’éveiller leur intérêt et de leur fournir de lÂ’information utile à la planification dÂ’une visite. Pour un musée national, qui vise non seulement un public national, mais aussi un public étranger, le Web constitue un outil de promotion plus économique que la publications dÂ’annonces dans des journaux ou des revues partout dans le monde. Manifestement, il existe donc des recettes à produire indirectement en rejoignant un public nouveau dont certains membres décideront, après avoir vu le site Web, quÂ’ils veulent visiter les lieux mêmes. DÂ’après les commentaires du public que nous avons recueillis grâce à une fonction de rétroaction dont est doté notre site Web, nous avons confirmé que le site a stimulé lÂ’intérêt de visiter le Musée. DÂ’ailleurs, nous participons actuellement à un projet de recherche conjointe avec le Glenbow Museum de Calgary et le Museum of New Mexico afin dÂ’étudier les effets de lÂ’utilisation du Web pour stimuler les visites réelles aux musées.
Une seconde utilisation commerciale des sites Web de musées est la mise en marché des produits quÂ’offrent les musées. Au niveau le plus élémentaire, il sÂ’agit dÂ’annoncer des publications et des souvenirs, élément que comportent déjà la plupart des sites Web de musées. En revanche, le public sÂ’attend aussi à un service au niveau des sites Web, dÂ’où lÂ’importance de progresser au-delà de la simple publicité pour en arriver aux commandes en direct. Le Musée canadien des civilisations a opéré cette transition à la fin de lÂ’année dernière et nous avons constaté après coup une reprise des transactions commerciales. Je ne vous dirais pas que nous sommes inondés de commandes, mais nous avons reçu des commandes de produits multimédias et dÂ’œuvres dÂ’art autochtones des États-Unis et de lÂ’Europe. De plus, les statistiques révèlent que la section Cyberboutique de notre site Web est lÂ’une des parties les plus populaires de la visite. Je suis convaincu quÂ’à long terme, elle nous apportera des recettes régulières. Il est probable que ce seront les produits sur disques compacts et les articles culturels uniques — comme les œuvres dÂ’art autochtone — qui se vendront le mieux, car ils sont difficiles à obtenir ailleurs. JÂ’ai lÂ’intention de conclure des ententes de partenariats avec des artistes ou des collaborations dÂ’artistes afin dÂ’offrir leurs œuvres dans notre Cyberboutique, avec bien entendu une part du bénéfice reversée au Musée.
Une utilisation conjointe à la précédente tient à la valeur du Web comme moyen dÂ’assurer la diffusion de publications électroniques. Bien des publications de musées présentent un intérêt pour des publics relativement restreints et fortement éloignés les uns des autres. Il est souvent difficile de publier de façon rentable un document lorsque le tirage est limité, sans oublier le coût dÂ’entreposer pendant des années, le temps de les vendre, les exemplaires du document. La publication sur demande est par conséquent une stratégie qui peut être dans lÂ’intérêt des musées.
Une troisième façon de tirer des recettes du Web est dÂ’exiger des frais dÂ’accès au site, ou à certaines parties du site, que ce soit par abonnement ou sous forme de frais associés à lÂ’utilisation. À condition que le contenu offert en vertu de telles modalités ait réellement une valeur de divertissement ou dÂ’éducation (par opposition à la simple promotion du musée) et quÂ’il soit dérivé des ressources de connaissances particulières à lÂ’établissement, je crois que le public sera prêt à payer pour y avoir accès. Pour lÂ’instant, les sondages menés auprès des utilisateurs du Web ont révélé quÂ’environ le tiers dÂ’entre eux refuseraient de payer pour avoir accès à des sites individuels tandis que les autres fonderont leur décision sur la valeur perçue de ce qui est offert. Je prévois que nous verrons de plus en plus une migration vers le paradigme selon lequel une partie de lÂ’information diffusée par le Web le sera gratuitement tandis que certaines parties ne seront accessibles quÂ’en vertu dÂ’une entente financière quelconque entre lÂ’utilisateur et le fournisseur.
Le Musée canadien des civilisations sÂ’est récemment servi de son site Web pour faire lÂ’essai dÂ’un projet innovateur : une vente aux enchères en direct. Ce qui était innovateur, cÂ’est que nous ne vendions pas des objets, mais le droit de commanditer des artefacts spéciaux qui étaient proposés aux enchères. Quoique ce projet pilote se soit avéré beaucoup trop précoce et nÂ’a pas réussi sur le plan financier (moins de 2 000 visites durant les 14 semaines dÂ’activité), il a été une expérience dÂ’apprentissage fort éclairante. Nous croyons maintenant que dÂ’ici un an ou deux, lorsque le public du Web aura augmenté, il sera possible dÂ’utiliser le Web pour de telles enchères, éventuellement en incorporant la vente dÂ’œuvres dÂ’art et dÂ’autres produits de qualité avec des articles offerts en commandite. Nous avons aussi appris quelque chose au sujet des prix arrondis — nous avons constaté que les nôtres étaient trop élevés. Notre prochain projet sera probablement une véritable vente aux enchères en direct dÂ’œuvres autochtones qui ont été données au Musée, pour financer lÂ’aménagement de notre salle des Premières nations.
Le projet dÂ’enchères en direct, baptisé «Commanditez un trésor», a servi à deux fins. Les personnes qui ne souhaitaient pas participer à lÂ’enchère comme telle pouvaient néanmoins voir une sélection de légèrement plus dÂ’une centaine dÂ’artefacts de nos collections. Il sÂ’agit là dÂ’un exemple dÂ’intégration qui, à mon avis, est un domaine dans lequel le Web a le potentiel dÂ’exceller. Une grande partie du contenu didactique de notre site Web — cÂ’est-à-dire les visites dÂ’expositions — a aussi une fonction promotionnelle : elle «vend» lÂ’idée de visiter les lieux mêmes.
LÂ’immense base dÂ’images numériques que nous sommes en train de créer au moyen de photodisques constitue une archive qui ne sert pas seulement à la production multimédia à lÂ’interne. Nous sommes prêts à vendre lÂ’utilisation unique dÂ’images individuelles à dÂ’autres producteurs ou éditeurs de livres. Nous avons déjà tiré un revenu modeste de la vente de copies de photographies à des maisons dÂ’édition, mais la difficulté a toujours été de commercialiser nos archives photographiques. Le Web nous offre maintenant un outil qui nous permet de le faire de façon plus rentable.
JÂ’envisage un rapport croisé entre les produits dÂ’information sur réseau et les produits autonomes. DÂ’une part, des modules didactiques produits pour le Web peuvent éventuellement être réunis sous un emballage pour distribution sur disque compact, alternative qui est moins coûteuse que la création dÂ’un disque compact perfectionné à partir de zéro. DÂ’autre part, nous pouvons créer un musée «à rapporter à la maison» sous forme dÂ’un ensemble de disques compacts contenant des centaines dÂ’images dÂ’objets de nos collections, organisées selon des thèmes. En fait, il pourrait même sÂ’agir de milliers dÂ’images si celles-ci sont de petites dimensions. Des sélections du contenu de ces disques pourraient être faites pour présenter des unités sur le Web, ce qui augmentera la valeur du site Web tout en faisant la promotion des produits sur disque compact.
Il serait également possible dÂ’intégrer, à ces disques compacts qui sont essentiellement des archives dÂ’images, un logiciel qui permettrait dÂ’établir un lien direct avec le site Web de lÂ’éditeur. À chaque image pourrait être associé un complément dÂ’information, par exemple le texte du catalogue du musée ou un document audiovisuel qui présente lÂ’artefact dans le contexte de son utilisation. Comme les images des artefacts sont en elles-mêmes une forme de données stable, il est logique de les stocker sur disque compact. Par contre, les données dÂ’interprétation peuvent changer, sous lÂ’effet de révisions ou de compléments dÂ’information, et il est donc plus logique de les diffuser sur un support qui se prête à une mise à jour simple. Il pourrait même exister différentes versions de lÂ’information complémentaire, selon le public ciblé. LÂ’accès à lÂ’information dÂ’interprétation serait payant. Nous envisageons que les écoles seraient le principal marché intéressé par ces ensembles de documents sur disque ainsi quÂ’aux bases de données multimédias sous licence pour utilisation sur sites éducatifs. Je serais très heureux de discuter de cette stratégie avec quiconque dans le public qui y est intéressé.
LÂ’interconnexion des produits que jÂ’ai décrite est susceptible dÂ’accroître les recettes quÂ’un musée peut gagner. Quoique les produits individuels puissent être achetés séparément, une fois quÂ’un acheteur sÂ’en est procuré un, il est probable quÂ’il décidera de pousser plus loin son investissement et dÂ’acheter les produits connexes. Ainsi, on peut sÂ’attendre quÂ’une personne qui achète un disque de photographies sera intéressée à acheter aussi le droit dÂ’accéder à lÂ’information sur le Web qui ajoute de la valeur à ces photos, par un apport dÂ’information. De plus, une personne inscrite au site Web et qui peut déjà consulter le catalogue de texte voudra acheter les disques qui donnent accès au catalogue dÂ’images.