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May souligne combien l’expérience du musée lui a permis d’améliorer ses connaissances et son estime de soi. Auparavant, May avait eu une certaine expérience de travail dans une garderie, qu’elle décrit comme «effrayante». Sa maîtrise de la langue n’était pas aussi développée qu’elle l’est maintenant au musée. «Ce n’était pas la première fois que je travaillais avec de jeunes enfants, explique-t-elle, mais cela a été une expérience difficile parce que j’étais très embarrassée. J’avais de la difficulté à communiquer avec les petits et les personnel. Je savais que je devais faire mieux que cela. Et je m’améliore en venant ici au musée parce qu’on m’apprécie pour ce que je suis capable de faire. Cela m’aide à améliorer ma capacité de communiquer avec les gens.»
Dinora explique qu’elle est intéressée à mieux connaître les autres : «Je sens une grande ouverture ici [au MCE] : je peux être moi-même ici. J’apprends à connaître les gens, non seulement leur culture mais les personnes elles-mêmes. J’apprends à connaître mon nouveau pays, le Canada. À mes yeux, le musée est un endroit important pour apprendre à connaître les autres et à mieux me connaître moi-même. [Au musée,] quand je dis quelque chose, ça compte. Si j’ai des enfants un jour, je voudrais qu’ils vivent eux aussi cette expérience.»
Trouver sa place au milieu d’une diversité de communautés culturelles, reconnaître et apprécier la position que l’on occupe et les rapports que l’on entretient avec les autres, et acquérir de nouvelles connaissances sont des composantes de l’expérience du développement. Si l’on ajoute à cela le fait de communiquer dans diverses langues, on aura une bonne idée de l’expérience du développement des nouveaux Canadiens. Dans leur interaction avec les jeunes enfants au musée, May et Dinora apprennent à occuper de nouvelles positions d’enseignantes et de modèles de rôle. Leurs activités pédagogiques ont élargi leur champ de connaissance concernant les autres personnes, leurs communautés d’appartenance, celle d’origine et celle d’adoption, et le monde qui les entoure. Leur participation à la mise en œuvre des programmes publics leur a permis de développer leur confiance en soi. Elle permet également au musée d’enrichir le contenu de ses programmes : elles apportent aux visiteurs une perspective différente sur les expositions.
Il n’est pas facile de mesurer les acquis de l’apprentissage dans les musées parce que ceux-ci constituent un milieu d’apprentissage non structuré. Les enfants tirent cependant de réels avantages dans un environnement détendu et ouvert conçu spécialement pour eux. Ils peuvent vraiment apprendre à se connaître et à connaître les autres dans des activités qui sortent de l’ordinaire. Dinora ne sait pas encore ce qu’elle fera plus tard, mais pour le moment elle constate l’importance qu’elle attache à ses relations avec les enfants. «Les enfants apprennent à connaître les autres enfants et les autres cultures, explique-t-elle. Ils apprennent à bien s’entendre avec les autres enfants parce qu’il y a tellement d’activités qu’ils peuvent faire en groupe. J’aime participer au programme des fêtes d’anniversaire parce que je travaille avec de petits groupes d’enfants et que je connais chacun d’eux par son nom. Je les aide à apprendre en leur montrant différentes choses – ils m’observent attentivement. Ils apprennent des choses avec moi, et moi j’apprends à travailler avec les enfants.»
De l’intérieur du musée, May se perçoit bien différemment que ce qu’elle a connu en tant que simple visiteuse. «J’enseigne des choses et j’apprends en même temps, précise May. Le visiteur ne vient ici qu’une seule fois peut-être. Moi je suis ici toutes les semaines. Et chaque fois je reviens à la maison tellement enthousiaste parce que j’ai appris au moins une chose nouvelle.» Rencontrer des artistes de spectacle et travailler avec eux, apprendre à fabriquer un nouvel objet d’artisanat ou entendre les impressions des visiteurs qui voient les expositions permanentes pour la première fois sont des expériences familières pour May et les autres jeunes bénévoles comme elle. «Je me considère [aussi], confie-t-elle, comme un lien pour les autres filles de mon âge et les [autres] enfants libanais qui viennent au musée. J’aimerais que mes frères et mes sœurs viennent au musée pour que je puisse leur montrer ce que j’ai appris.» Comme les autres jeunes de son âge, May comprend bien les défis du développement vers l’âge adulte. Elle soutient qu’il est «important pour les jeunes de savoir qui ils sont afin de trouver leur place dans le monde. Les jeunes doivent faire tellement d’efforts pour trouver la place qui leur convient dans le monde. Beaucoup de jeunes ont de la difficulté à s’adapter et à se faire des amis. C’est ce qui m’est arrivé quand j’étais plus jeune. Je ne parlais pas beaucoup et gardais tout en dedans de moi-même. J’ai fait des progrès en venant ici et j’ai appris à m’exprimer. C’est le musée qui m’a permis de m’améliorer. Je me sens acceptée ici, et c’est important pour moi, pour avoir confiance en moi. La première fois que je suis venue au musée, j’ai su tout de suite que c’était un endroit où je pourrais trouver ce que je recherchais. Je crois que c’est parce que je puis être moi-même. À l’école, il faut se plier à toutes sortes d’exigences et ce n’est pas facile. Pour moi, [le musée] est un environnement qui me permet d’être simplement moi-même et d’explorer qui je suis sans subir de pressions – de me découvrir tout simplement.»
En tant que nouvelles Canadiennes, Dinora et May font preuve d’une grande ouverture envers les autres, étant toutes deux héritières d’un riche patrimoine culturel dont elles sont fières et qui leur tient à cœur. Le MCE leur fournit des occasions d’être des représentantes de leurs cultures auprès des autres jeunes. Elles estiment que leurs activités au musée les aident à mieux se connaître en discutant avec les autres bénévoles et les visiteurs dans le cadre des programmes du musée. Elles ont aussi acquis des aptitudes sociales qui les aident à mieux articuler leurs idées et leurs opinions. May apprend à abattre les stéréotypes et fait preuve de respect envers les autres en parlant des autres cultures aux jeunes enfants. «Cette expérience, explique-t-elle, me donne des outils pour m’apprendre à être une porte-parole de ma culture. Je contribue à changer quelque chose chez les gens. C’est très satisfaisant. Je m’initie également au langage des autres cultures, étant donné la mission du musée, de sorte que, quand je commencerai à voyager [ce que je compte bien faire], je serai plus attentive aux gens que je rencontrerai. Je veux en apprendre le plus possible sur les autres cultures et j’en apprends davantage aussi au sujet des autres Canadiens. J’adore ça. Les Canadiens respectent les autres cultures, ils ne s’intéressent pas uniquement à eux-mêmes, ce qui est une excellente attitude. Nous devons apprendre à connaître les gens qui nous entourent, à mieux comprendre ceux qui ne sont pas comme nous. C’est ce que je peux faire ici grâce à mes contacts avec les gens. Des fois, les enfants me posent des questions à propos de moi personnellement, et non uniquement à propos de l’exposition. Ils sont si intéressés que je leur réponds avec plaisir et je peux leur expliquer des choses qui ne sont pas toujours claires pour eux. Je viens tout juste de commencer à porter le hijav (voile porté sur la tête pour recouvrir la chevelure), c’est nouveau pour moi. Cela fait partie de ma religion. Il y avait longtemps que je songeais à le faire, c’est moi qui devais décidé si je le porterais, et je viens juste de commencer à le porter. Il y a des jeunes qui voit le hijav tous les jours, mais qui ne comprennent pas pourquoi on le porte et sont trop gênés de le demander. Je me sens fière de pouvoir leur expliquer. Je suis comme une experte à ce moment-là.»
Dinora estime que le musée lui donne la possibilité d’être une représentante du Canada auprès des autres jeunes Canadiens. «Parce que j’ai la chance de rencontrer des gens de partout dans le monde, j’en apprends autant qu’eux au sujet des autres cultures. Et en plus, j’apprends à les connaître comme personnes, et eux aussi en apprennent davantage sur moi personnellement. Parfois les gens me posent des questions au sujet de moi. Je peux leur parler de ma propre culture – de ce que je suis. Je peux parler avec des gens qui viennent de tous les coins du Canada et de partout dans le monde lorsqu’ils viennent visiter le musée. Ici, c’est comme une famille. J’encourage d’autres familles de la communauté salvadorienne à venir au musée parce qu’elles me connaissent et que je peux leur parler de ce qu’elles peuvent apprendre ici.»
Comment définir sa place dans le monde et trouver celle qui vous convient? Où trouver les outils nécessaires pour apprendre à communiquer vos points de vue, vos opinions et vos idées? Comment développer les aptitudes qui vous permettront d’être entendus? Qu’est-ce que l’expérience du musée apporte aux jeunes qu’ils ne peuvent obtenir nulle part ailleurs?
Dinora et May apprennent à mieux se connaître dans leurs rapports avec les autres et développent des outils qui les aident à exprimer leur identité propre. Leur expérience au musée les aide aussi à développer un sentiment d’identité en tant que nouvelles Canadiennes, mais aussi en tant que membres de la culture libanaise ou salvadorienne. Pour tous les enfants, le Musée est un lieu exceptionnel pour développer leurs aptitudes à la communication, en apprenant comment s’adresser aux autres et à respecter ce qu’ils ont à dire. Le Musée canadien des enfants fournit un espace dynamique pour favoriser le perfectionnement linguistique. Dans notre environnement d’apprentissage coopératif et décloisonné, ces fillettes se sont senties suffisamment à l’aise pour pratiquer leurs aptitudes à la communication. La confiance en soi qu’elles ont acquise grâce à cette expérience leur a permis en retour de renforcer leur habileté en communications interpersonnelles. Le MCE les encourage à partager leur expérience personnelle et les considère comme partie intégrante de l’expérience de notre musée. Ces jeunes savent que le MCE est un lieu où elles peuvent apporter une contribution à la société. Plutôt que de rester de simples observatrices, ces deux jeunes filles, en devenant des participantes actives et en s’exprimant personnellement, se sont acquis un droit de parole. Elles ont trouvé le meilleur des mondes.
Note biographique à propos de l’auteure
Lynn McMaster, gestionnaire, Programmes et planification du Musée canadien des enfants, travaille au Musée canadien des enfants depuis 1989.
Remerciements
Je tiens à remercier Carla Baggio, coordonnatrice bénévole, de m’avoir mis en contact avec ces deux jeunes filles pleines d’idéal ainsi que les familles de Dinora et de May qui leur ont fait découvrir notre musée quand elles étaient petites.