Musées devant le défi lancé par Trudeau : enseigner l’histoire











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QU’EN EST-IL DES MUSÉES D’HISTOIRE?






Même si les artefacts physiques sont leur « moyen d’interprétation consacré », les musées d’histoire se considèrent de plus en plus comme de véritables institutions multimédias ayant recours à des documents, des photographies, des illustrations et des enregistrements sonores et vidéo. Ces supports constituent une aide à l’interprétation des artefacts, reflétant le fait que l’histoire se manifeste tant par des processus, des personnalités et des idées que par des objets physiques.


Tout en admettant l’importance des différents moyens d’interprétation, j’estime que pour avoir une expérience enrichissante dans un musée d’histoire, il faut deux qualités particulières : l’authenticité et l’engagement de l’imagination. L’authenticité rappelle l’idée que le musée doit tenter de montrer le « vrai » à l’aide de ses collections ou de collections d’ailleurs. Il doit également veiller à communiquer de l’information véridique et complète, équilibrée et contextuelle. L’engagement de l’imagination réfère au fait que le visiteur, en utilisant sa propre imagination, construit une signification à l’aide des objets, des contextes et de l’interprétation narrative. Ce type d’apprentissage et de divertissement est très différent de celui offert par la télévision ou un film - alors que le produit est livré à une si grande vitesse et avec un si grand nombre d’images que le spectateur n’a pas le temps de réfléchir et, par conséquent, de faire intervenir sa propre analyse créatrice.


L’objectif d’une production télévisée consiste d’abord à susciter chez son auditoire une réaction émotive. Les téléspectateurs s’attendent à être bombardés de scènes dramatiques à haute intensité défilant à une vitesse rapide. Par exemple, la durée moyenne d’une scène dans La Guerre des étoiles est calculée pour faire 11 secondes 4. Les musées offrent un environnement d’apprentissage très différent. Les visiteurs sont invités à se déplacer à leur propre rythme afin de regarder, d’admirer, de lire, de réfléchir et de reconstituer des scènes historiques dans leur imagination. Les musées prévoient une marge de manœuvre intellectuelle dans le processus d’apprentissage. Le défi pédagogique auquel sont confrontés les musées est de persuader les visiteurs de troquer les films et les jeux vidéo fantaisistes contre la construction, le questionnement, l’apprentissage et le divertissement actifs.


Dans notre musée national, nous avons abordé ce défi d’apprentissage en présentant l’histoire et le commentaire social par le truchement de deux stratégies d’exposition. Notre première stratégie est de présenter des méta-récits, c’est-à-dire des tableaux narratifs de grande envergure qui établissent un récit intégré de l’histoire selon plusieurs points de vue. Par exemple, une perspective autochtone sur la continuité, la survie et la richesse culturelle est présentée par l’entremise de la salle des Premiers Peuples que nous venons d’inaugurer. C’est une immense installation, avec de nombreux ensembles d’images, d’artefacts, d’enregistrements et de textes. Un autre méta-récit, celui de la salle du Canada, porte sur un voyage métaphorique d’est en ouest, d’un océan à l’autre du Canada, qui se déroule sur plus de 1000 ans de contact entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Cette salle d’exposition accueille plus d’un demi-million de visiteurs chaque année - elle constitue l’activité d’apprentissage historique la plus populaire au Canada.


Notre seconde stratégie est d’offrir une diversité de choix, petits et grands. En 2003 seulement, nous avons présenté la toute première exposition canadienne de tapisseries inuites; une exposition internationale sur les peuples anciens du Nord-Ouest de l’Europe; une exposition montée par le Musée McCord de Montréal sur des siècles de mode masculine; une exposition ethno-culturelle sur la communauté italo-canadienne; deux expositions pour les enfants; une exposition postale sur l’achat par catalogue au Canada et différentes expositions d’art.


Toutes ces expositions, tant permanentes que spéciales, témoignent d’éléments de notre identité nationale. Elles ne sont pas consacrées exclusivement à un héros ni à une personne ordinaire. Nous nous intéressons à de nombreux types de personnes et surtout aux conditions sociales et économiques formant les cadres dans lesquels nous vivons.

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